Le terme de travail au sol a depuis quelques années fait son apparition dans le language équestre. Cette méthode est née d'une volonté manifeste de communiquer avec le cheval en interprêtant au mieux son language. Elle fait intervenir une connaissance approfondie de son comportement naturel.

Le travail au sol est un moyen occasionnel d'établir puis d'entretenir ou d'actualiser un dialogue entre l'homme et l'animal.

Malgré l'effet de mode auquel il est soumis aujourd'hui, le travail au sol existait bien avant qu'un terme spécifique ne lui soit attribué. Depuis la domestication de notre plus belle conquête, tout homme de cheval digne de ce nom a cherché, à sa façon, à communiquer avec cet être fabuleux en se laissant d'abord guider par son propre instinct qui l'amena, il est vrai, par une suite d'essais et d'erreurs, à établir avec lui ce dialogue.

Quelque soient les mots utilisés pour nommer la méthode visant à entrer en contact et éduquer le poulain ou le cheval, celle-ci est avant tout affaire d'équilibre entre rigueur et flexibilié. 

Le maniement du poulain ou du jeune cheval répondant aux principaux objectifs d'éducation de base que sont; le calme, la confiance, le respect et la sécurité, ne devrait dans un premier temps être entrepris que par des personnes dotées des connaissances et d'une pratique spécifiques pour ce faire. Combien de cavaliers ayant toujours travaillé avec des chevaux d'expérience se trouvent démunis au moment de manipuler ou d'éduquer un jeune cheval qui, contrairement à ses aînés, a tout à apprendre.

Car n'oublions pas que le poulain ou le jeune cheval, individu attachant avec qui nous pouvons ou espérons vivre nombre de moments forts, reste un animal à la fois plein de potentiel, vif et intelligent qui peut, par surprise, incompréhension ou excès de gaieté devenir imprévisible et explosif. 
Il est donc primordial de garder avec lui et de faire respecter en tout temps les limites de notre propre espace, familièrement appelé notre ''bulle''.
Un cheval à qui tout est permis n'est pas forcément plus heureux qu'un autre. Il ne fait pas de distinction et répète ce qui ne lui a jamais été interdit aussi bien que ce qui lui a été appris.

Les poulains et les jeunes chevaux doivent donc apprendre à se comporter de manière sécuritaire avec l'homme qui, au mieux de ses connaissances, lui offrira en retour un cadre de vie, une relation, une éducation, et des activités répondant de manière équilibrée aux besoins de son espèce.

Un poulain ayant été mis trop tôt, mais surtout trop étroitement en relation avec l'Homme tels que le sont les orphelins élevés au biberon, peut par perte de repères quant à sa condition d'animal  développer à long terme un comportement à risques, notamment en l'absence de son maître, avec les intervenants étrangers, et ceci plus spécifiquement encore dans un nouvel environnement.


Un poulain que l'on imagine sans problèmes de comportement parce qu'il se montre confiant et ''proche de l'Homme'' ou qu'il éxécute parfaitement différents exercices de travail au sol, révèlera la réelle qualité de son éducation dès qu'il sera confronté aux premiers vrais défis que sont le fait de monter dans une remorque (van), le débourrage et la mise au travail.

Un problème ou un vice n'apparaît jamais sans raison et sans signe avant-coureur. Vouloir trop gérer ou encadrer le comportement d'un poulain ou d'un jeune cheval est plus dommageable que de le laisser évoluer au milieu de ses congénères avec une part de liberté. Car une éducation formatée, approximative et mal-à-propos laissera à son esprit maléable, à sa mémoire encore vierge, des traces indélibiles. Les mauvaises habitudes et les vices demandent malheureusement, pour être abandonnés, plus de temps, de rigueur et de fermeté qu'une éducation de base parfaitement orchestrée.

Répéter indéfiniment, sans fondement ni discernement des exercices au sol finiront par donner au jeune élève équin, en quête d'un échappatoire à l'ennui, l'envie irrépréssible de trouver le ou les moyens qui lui permettront de se soustraire au travail le plus élémentaire devenu à son esprit synonyme de monotonie. La complicité et le respect, voire la soumission initialement rechercés évolueront alors, incidieusement, en résistance tenace. 

De plus, le rabachâge d'une demande pour se rassurer soi-même, devient rébarbatif pour le poulain ou le jeune cheval à qui, par ce fait, nous prouvons à la fois notre manque de confiance envers lui et nos doutes quant à ses facutés d'apprentissage, de compréhension et d'assimilation, en un mot, son intelligence. Ce manque ou cette insuffisance de diversité dans l'activité finira par créer le désintérêt et l'ennui chez le jeune sujet équin d'un naturel éveillé, curieux et capable d'anticiper, voire de prendre à sa façon le contrôle d'une situation donnée et de la retourner à son avantage.   

Une éducation entreprise par un ''dresseur'' amateur grâce à des attitudes et des gestes imités ou sommairement appris qui ne s'avèreraient pas être le fruit d'une connaissance qu'il aurait personnellement éprouvée, peut bien sûr donner, dans l'immédiat, le résultat attendu, jugé satisfaisant. Toutefois, mal interprêté, ce résultat  incitera ce ''dresseur''  persévérant à innocemment poursuivre son objectif dans une mauvaise voie. Celle où il se sera engagé par erreur et qui se révèlera, il le comprendra plus tard, sans réelle issue. Car le poulain ou le jeune cheval s'imprégne de cette accumulation d'erreurs  répétées et dissimulées dans de menus détails, (language corporel et  positionnement de l'animal, réactions et gestes  du ''dresseur'', récompense excessive par la gâterie ,etc.)et il profitera de la moindre occasion pour mettre ces erreurs en pratique. D'abord sous forme de tests quasi-imperceptibles, apparemment sans valeur significative, puis de manière plus explicite jusqu'à des tentatives franches et assumées qui, si elles ne sont pas judicieusement corrigées, évolueront en mauvaise habitude, en vice plus ou moins dangereux, lorsque ce poulain ou ce jeune cheval sera manipulé en main, travaillé ou monté.

À tous ceux qui voient dans le travail au sol un remède à tous les maux, il est illusoire de penser que le problème d'un cheval monté puisse être réglé exclusivement et intégralement par le travail au sol. 

D'apparence simple et sans risque, le travail au sol est une méthode d'apprentissage et non une finalité. Il ne devrait par conséquent être pratiqué sans maîtrise car il consiste à créer la base d'un dialogue non pas exclusivement entre un dresseur ou un cavalier en particulier et l'animal, mais entre ce dernier et tout intervenant extérieur, en son absence et à plus ou moins long terme (maréchal ferrant, vétrinaire, entraîneur, nouveau cavalier ou nouveau propriétaire, etc.)

Le poulain ou le jeune cheval devra par ce biais d'abord acquérir cette confiance en l'homme qui lui permettra de se faire lui-même confiance tout en respectant la frontière substile, le point d'équilibre fragile ou assurance et respect se rejoignent. Ces derniers permettront alors l'échange, la relation harmonieuse entre l'homme et le cheval, condition siné qua non à la complicité sincère et à la franche connivence.            



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